La réussite scolaire selon le sexe : points de repère

BOUCHARD, Pierrette et Jean-Claude ST-AMANT, (1994)
«On devrait fermer toutes les écoles et en faire une comme la nôtre».
Expériences de retour aux études dans quatre écoles québécoises,
Québec, CRIRES.

Une problématique venue d’ailleurs

Les difficultés scolaires des garçons conçues comme une préoccupation de société proviennent d’abord du Danemark des années 80 où les écarts observés entre les deux sexes - quant à la diplomation au secondaire - oscillent aux environs de 26%, soit plus du double de ce qui est observé au Québec. Au début de la décennie suivante, dans le cadre d’une élection générale en Grande-Bretagne et de la recherche de solutions qui l’accompagne, la question est devenue le fer de lance des conservateurs de Mme Tatcher qui ont fortement critiqué le système d’éducation et promis plus d’efficacité. Par le biais des médias de plus en plus mondialisés, ce qui était devenu une fièvre a rapidement gagné les pays anglo-saxons (notamment l’Australie et ensuite les États-Unis), puis l’Europe. Il faut préciser que, tout comme au Québec, la préoccupation se présente dans un contexte de réformes nationales des programmes d’éducation et le thème de la réussite des garçons a souvent été abordé sous plusieurs facettes.

Une réaction tardive mais intense au Québec

Vers la même période, soit le début de la décennie 1990, la société canadienne réalise que les taux d’abandon scolaire au secondaire sont trop élevés. Le gouvernement fédéral investit dans le programme « L’école avant tout » en insistant d’abord sur la nécessité du diplôme d’études secondaires. Aucune mention alors d’écarts entre les sexes. L’introduction de l’analyse différenciée selon le sexe dans les pratiques gouvernementales et la publication de certaines études scientifiques, mais surtout l’exploitation du thème par les médias canadiens font en sorte que celui-ci occupe l’avant-scène vers la fin de la décennie. Ces années se caractérisent en effet par une augmentation importante du nombre d’articles traitant du sujet et par une plus grande intervention d’experts étrangers. Un sommet est atteint en 1999, au moment où le Conseil supérieur de l’éducation publie son rapport Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles.

Vers une approche rigoureuse

Comment faire la part des choses? Considérée sur le plan individuel, la scolarisation comporte ultimement un objectif de réussite sociale, soit « la correspondance entre la formation à l’école et la place occupée dans la société avec le pouvoir d’agir sur elle » (Bouchard et St-Amant, 1994 : 64). Plus largement, dans une économie axée de plus en plus sur le savoir, l’éducation devient un enjeu central déterminant le développement de toute une collectivité. Se pose donc doublement la nécessité de l’accès à la diplomation et c’est dans ce contexte que la question des écarts de réussite scolaire entre garçons et filles a rapidement pris beaucoup d’acuité. Les milieux de l’éducation subissent beaucoup de pression pour « faire quelque chose » et heureusement, les connaissances scientifiques maintenant disponibles permettent d’aborder toute la problématique de façon plus rigoureuse.